
Il mouille sa chemise pour vendre ses sérigraphies sur vêtements
Luis Pinto, Fondateur de T-Shirt Store à Neuville (95)
T-Shirt Store
Activité : impression et vente directe de vêtements
Création : 2000
Effectifs : 3 salariés
Chiffre d’affaires 2001 : 150 000 euros
Un DEA de lettres modernes, une thèse en cours (ou en souffrance) sur « les ventes du Petit Larousse au début du xxe siècle »… Mais que diable irait donc faire Luis Pinto, 26 ans, dans la galère de la création d’entreprise ? D’abord, il invoque le principe de plaisir, qui l’a poussé à se mettre à son compte en 2000 pour imprimer des vêtements en sérigraphie (« J’aime ce que je fais et j’y crois »). Mais intervient ensuite le principe de nécessité qui l’a guidé commercialement et aidé à tenir la route. « Il y a le produit que vous souhaitez offrir et celui que l’on vous demande : je me suis adapté. » Fort de ces deux principes contradictoires autant que complémentaires, Luis Pinto a préféré compter sur lui-même plutôt que de se faire appuyer pour créer son entreprise. Il s’est lancé dans l’aventure avec 7 500 euros en poche (pour créer sa SARL), de l’énergie, de l’enthousiasme et rien d’autre.
Le défi : se faire connaître quand on n’a pas de boutique
T-shirt Store, la société de Luis Pinto, peut sérigraphier n’importe quel motif sur tous les supports textiles (tee-shirts, sweat-shirts, blousons…). Le procédé permet de reproduire le logo d’une entreprise ou d’une association, mais propose aussi des « créations » maisons comme le sulfureux modèle « 69 », en forme de panneau de circulation, cercle rouge sur fond blanc… Aides (association de lutte contre le sida) ou Amnesty International lui passent régulièrement commande. La principale difficulté rencontrée par Luis Pinto a été de se faire connaître. Comme il n’avait pas les moyens de s’offrir pignon sur rue, notre entrepreneur a mouillé son maillot et joué la triple carte de la vente par correspondance, de l’internet (boutique virtuelle)… et du culot pour promouvoir sa société et son site auprès de stations de radio franciliennes branchées comme Ouï FM et Radio Nova qui lui font de la publicité.
> Son conseil : « Un danger très fréquent guette le créateur une fois la société lancée : l’isolement. Je l’ai connu à mes débuts, en démarrant mon activité à domicile. Par la suite, j’ai installé mon atelier de sérigraphie sur 100 m2 dans la pépinière Neuvitec, qui dépend du conseil général. L’avantage que j’y vois n’est pas financier. Mais je côtoie sur ce site 60 autres entreprises et nous pouvons échanger nos expériences de manière conviviale et informelle : “Comment as-tu résolu tel problème ? J’y suis confronté moi-même”. Irremplaçable. Je recommande aussi au créateur de ne pas trop compter sur les banques et de ne pas perdre trop de temps à courir les aides, primes et subventions de toutes sortes que proposent les multiples acteurs aux candidats à la création. C’est beaucoup d’énergie gaspillée. »
Il surfe sur la vague bobo avec ses objets en matériaux recyclés
Alain Kheeroo, créateur d'Atelier K, à Aulnay-sous-Bois (93)
Atelier K
Activité : fabrication d’objets en matériaux recyclés
Création : novembre 2001
Effectifs : 3 salariés
Chiffre d’affaires prévisionnel : 100 000 euros
Des roses aux pétales de bois dans des vases en carton recyclé. Voilà le type de produit « tendance » pour bobos écolos que fabrique Alain Kheeroo, 44 ans, dans le hangar qu’il loue à la pépinière d’Aulnay-sous-Bois, ville classée zone urbaine sensible (ZUS). « Je n’ai pas un centime mais mon produit est dans l’air du temps. » C’est avec cet argument que ce Mauricien d’origine, professionnel de l’import-export, a réussi à convaincre la municipalité de l’héberger. « Elle m’a accordé un prêt d’honneur de 6 000 euros », explique-t-il. Depuis, Atelier K travaille en vente directe : Alain Kheeroo écume les salons et les marchés artisanaux de Strasbourg à Londres et même en Allemagne, où la clientèle est « plus sensible au recyclage et aux produits écologiques ». Bientôt les produits d’atelier K seront disponibles en ligne. Il met actuellement au point sa boutique virtuelle.
> Son conseil : « Soignez la préparation de votre projet. J’ai travaillé pendant deux ans et demi sur le mien avant qu’il soit parfaitement au point ! Soyez obstiné. Frappez à toutes les portes, écoutez tous les arguments et acceptez toutes les critiques, ils vous aideront à enrichir votre projet. Après de multiples déceptions, c’est finalement la Boutique de gestion de Paris XIe qui m’a aidé à réaliser mon business plan. Puis les Banques populaires ont fini par m’accorder un prêt. Foncez, croyez en vous et en votre projet, et vous finirez par convaincre. Enfin, ne démarrez l’activité que si vous avez déjà des clients. »
Technologie, talent et « toons » pour animer les sites internet
Ali Bali, fondateur de 3TOON, à Montreuil (93)
3Toon
Activité : dessin animé publicitaire sur internet
Création : 2001
Effectifs : 5 personnes (2 associés, 2 salariés, 1 stagiaire)
Chiffre d’affaires : 150 000 euros
Normalement, Ali Bali, graphiste dans la publicité et réalisateur de courts-métrages, aurait dû créer un portail internet grand public. C’était sa première idée. « Mais nous avons changé notre fusil d’épaule. Après juin 2000 et le krach, les VC – comprenez les venture capitalists et autres investisseurs – étaient fermés à internet. » Fin d’un premier rêve. Ali Bali décide alors de réorienter les activités de sa toute jeune société, 3Toon, vers la création de dessin animé publicitaire sur internet. Il s’associe pour cela avec une commerciale de choc, Violaine Meunier (cinq ans de marketing, en charge des produits dérivés chez Disney) et la jeune pousse s’installe dans la pépinière de la commune de Montreuil, Atrium. Dans cette ville où Walt Disney a également installé des studios de sous-traitance, cette jeune entreprise inconnue a su conquérir en quelques mois de gros clients, tels la Société des bains de mer de Monaco pour une opération séminaire, EDF pour une campagne finement nommée « Lumière sur la facture » ou les assurances April pour une présentation pédagogique de leur activité.
« La technologie LogFlash sur internet exige un style graphique dépouillé pour alléger le temps de téléchargement. Sinon l’internaute, facturé à la minute de communication, s’en va, explique Ali Bali. Notre savoir-faire consiste à nous adapter à ce type de contrainte. »
Le coup d’arrêt du 11 septembre
L’aventure commençait sous les meilleurs auspices lorsque survint un événement imprévu : le double attentat contre les tours jumelles de Manhattan. Attentisme, reports, annulations de commandes : « la conjoncture post 11 septembre a failli nous être fatale… Un client qui travaillait avec les Etats-Unis a refusé de signer le contrat négocié de longue date ! Une aide du CNC (Centre national de la cinématographie), qui dépend du ministère de la Culture, nous a permis de traverser la turbulence de l’automne. » Le chiffre d’affaires escompté pour la première année d’activité s’en est ressenti : 150 000 euros seulement pour 2001.
> Son conseil : « A défaut d’un solide matelas de fonds propres, démarrez avec un coussin financier supérieur au minimum légal requis pour créer sa SARL. Comptez sur vos fonds propres plus que sur les aides financières à venir, ou alors ne vous lancez pas. Des aides nationales ou locales existent : j’ai pu ainsi bénéficier de l’Accre (aide au chômeur créateur ou repreneur d’entreprise), de l’exonération de charges sociales pour le premier salarié. Sur le plan matériel, la pépinière de Montreuil, l’Atrium, m’offre un loyer modéré pour les 30 m2 que j’occupe, et je n’ai pas eu à payer trois mois d’avance. Mais le prix à payer pour créer son entreprise est plus personnel que financier : « Aucun week-end en deux ans, je n’ai jamais autant travaillé pour gagner aussi peu d’argent. » Le prix à payer pour être son propre patron.

