
Quelles sont les villes et les plus accueillantes pour les créateurs d'entreprise et les entrepreneurs ? L'Entreprise et Coface Services dressent leur palmarès annuel des agglomérations les plus dynamiques.
Lyon, vainqueur aux points dans la catégorie poids lourds, remporte pour la deuxième année consécutive notre championnat. A ses côtés sur le podium, Rennes, Vannes et Compiègne sont également médailles d'or.
Comme chaque année, notre palmarès des villes jugées les plus attractives pour les entreprises dessine un portrait de la dynamique économique régionale en mettant en lumière les lignes de force de cette attractivité. Ce classement repose sur un certain nombre de critères objectifs, recensés sur les 100 agglomérations métropolitaines de plus de 70 000 habitants (hors Ile-de-France), réparties en quatre catégories (plus de 500 000 habitants ; de 200 000 à 500 000 ; de 100 000 à 200 000 ; de 70 000 à 100 000). Nous avons pointé pour chacune d'elles les principaux facteurs de vitalité économique qui déterminent le choix d'implantation des créateurs : fiscalité locale, importance de la population étudiante, montant du revenu imposable par foyer, niveau des loyers des bureaux et des locaux industriels, performance des infrastructures de communication, en y ajoutant cette année de nouveaux critères comme la présence de zones franches et de pôles de compétitivité. Les données fournies par notre partenaire Coface Services pour quelque 280 000 entreprises nous ont par ailleurs permis d'établir pour chaque agglomération un bulletin de santé sommaire à partir du nombre d'entreprises, du chiffre d'affaires moyen, de la rentabilité moyenne, du nombre de défaillances et de la vigueur des créations.
La création s'épanouit bien dans les moyennes agglomérations
En croisant toutes ces informations et en pondérant les critères, nous établissons notre classement, dont les résultats alimentent régulièrement la chronique locale. Ainsi, n'en doutons pas, le recul de Bordeaux, qui perd trois places par rapport à 2005 et se retrouve dernier du classement des grandes agglomérations, fera couler de l'encre. De même que l'avancée de Nantes, qui prend le pas sur Toulouse ; la dégringolade de Nancy - septième l'an dernier, treizième cette année - ou encore les progressions fulgurantes de Valenciennes, qui gagne 17 places, de Belfort (+ 12), Alès (+ 11) ou Chambéry (+ 9).
Mais, au-delà de ce jeu du qui perd gagne, apparaît en filigrane le portrait d'une France contrastée. Un pays où la création d'entreprise s'épanouit aussi bien (voire mieux) dans les agglomérations de taille moyenne que dans les fortes concentrations urbaines. Une France où la pérennité et la prospérité des entreprises ne sont pas seulement corrélées à la fiscalité locale ou au coût de l'immobilier. Mais où le dynamisme de l'entrepreneuriat va presque toujours de pair avec le niveau de richesse de la population. Une France, enfin, encore marquée par les stigmates du centralisme jacobin et dans laquelle le TGV fait désormais figure de lien, et la proximité avec Paris de passeport pour l'excellence.
Comment ne pas s'étonner en effet de voir la carte des villes les plus attractives en tout point semblable au réseau de la grande vitesse ferroviaire : Nantes, Angers, Le Mans, Poitiers, Vannes, Rennes, Laval d'un côté ; Arras, Beauvais, Amiens de l'autre. Sans parler de Lyon, Dijon, Caen ou Compiègne, dont la capacité à séduire les entreprises repose en partie sur leur faible éloignement - réel ou artificiel - de la capitale.
Par-delà cette dimension géographique, on constate une fois encore dans le détail des chiffres que le dynamisme local résulte principalement d'une équation subtile entre densité du tissu économique, nombre de défaillances et de créations d'entreprises.
Premier constat : la densité des entreprises n'est pas l'apanage des grandes villes, et les villes moyennes continuent d'attirer sur leur sol les créateurs. Pour preuve, les concentrations record enregistrées à Béziers (30,2 ä), Valbonne-Sophia-Antipolis (27,6 ä) ou Bayonne (25,8 ä), et les taux de création spectaculaires affichés par certaines agglomérations de moins de 100 000 habitants - Evreux (69 ä), qui détient le record toutes catégories confondues, Saint-Malo (68,9ä), Montbrison-Loire-Forez (67,3 ä). En négatif apparaissent également les zones de paupérisation et de désertification industrielle. Des agglomérations où les densités d'entreprises sont très faibles : Maubeuge (4,2 ä), Lens (5,1 ä), Denain (5,7 ä), Béthune (6,4 ä) ; d'autres qui se montrent incapables de renouveler leur tissu économique en attirant de nouvelles sociétés : Forbach, où le taux de création n'est que de 23,9 ä, vingt points au-dessous de la moyenne de la catégorie, ou Mulhouse - 22,4 ä - contre une moyenne de 41,8 ä dans les villes de 100 000 à 200 000 habitants. Ou encore des villes où le taux de défaillance pour 1 000 entreprises est très élevé, comme à Saint-Quentin (25,5 ä), à Hénin-Beaumont (19,3 ä) ou à Lens (18,5 ä), alors qu'il est de 2,4 ä à Nice et de 3,5 ä à Bayonne.
Deuxième constat : c'est sur le terrain de la vitalité de la création d'entreprise mais aussi de la pérennité des jeunes pousses que les grandes villes jugées les plus attractives marquent leur différence : Lyon enregistre ainsi un des plus faibles taux de défaillance d'entreprises de France (5,4 ä), tandis que Nantes (deuxième de sa catégorie) devance les autres grandes agglomérations en matière de créations, avec un taux de 46,6 ä, qui fait jeu égal avec Marseille-Aix.
Autre critère symbolique du dynamisme local : le niveau de richesse de la population. Les grandes villes font en général la course en tête, mais les records toutes catégories confondues vont à des agglomérations de taille moyenne comme Valbonne-Sophia-Antipolis (avec un revenu annuel de 28 657 euros par foyer) ou Voiron (27 054 euros). A Nantes, ce revenu progresse de 3,4 % par rapport à l'an passé, signe que la capitale des Pays de la Loire a sans doute bien profité de l'effet Airbus, qui a dopé la sous-traitance locale.
