

Depuis quarante ans, le groupe Bénéteau surfe avec succès sur la vague du développement de la plaisance.
“Nous nous préparons pour gérer la croissance des pays émergents ” Annette Roux, vice-présidente du conseil de surveillance
Leader mondial de la voile, 6 000 salariés (dont 80 % sur les seuls sites vendéens), 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires annoncés pour 2007 : Bénéteau aligne les records avec une continuité sans faille depuis plus de quarante ans. Lorsqu’on demande à Annette Roux, patronne du groupe depuis 1964, aujourd’hui vice-présidente du conseil de surveillance, et à Bruno Cathelinais, président du directoire depuis trois ans, comment on devient numéro un mondial, tous deux répondent dans un bel accord : « Grâce à la ténacité et à la capacité d’innovation. »
C’est notamment ce qui a retenu l’attention du jury du Prix de l’Entrepreneur de l’année 2007, coorganisé par Ernst & Young avec le soutien de Fortis Banque, Kadeos et Microsoft. Il faut dire qu’avec près de vingt nouveaux bateaux par an, Bénéteau pulvérise les records de créativité. « Quel constructeur peut se vanter de sortir autant de modèles par an ? » souligne le nouveau commandant du navire Bénéteau, Bruno Cathelinais, qui ajoute : « C’est une vraie équation pour un industriel de combiner création et compétitivité. Pour garder le leadership, nous devons être compétitifs et avoir la meilleure marge possible. Notre objectif est de créer de la richesse pour durer. »

Ce point de vue est partagé par les deux dirigeants, qui forment un tandem bien soudé. « Nous nous complétons. Je suis plus rationnel tandis que madame Roux fait preuve d’intuition et d’audace », constate Bruno Cathelinais. Même si Annette Roux a fait le choix en 2005 de prendre du recul au conseil de surveillance, elle reste très impliquée dans la vie de l’entreprise. Lorsqu’on interroge Bruno Cathelinais sur le passage de relais, il glisse que cela s’est fait « très naturellement. » Mais Annette Roux reste la patronne : « Elle délègue à 300 % quand tout va bien mais à moins 50 % dès qu’elle est inquiète pour le groupe ! » La stratégie, c’est l’autre maître mot pour caractériser Bénéteau.
Lorsqu’Annette Roux reprend l’entreprise familiale, en 1964 , elle a 22 ans et « en tête de sortir la société de ses difficultés financières et de la développer dans le secteur des pêche-promenade [petits bateaux à moteur] ». Puis, face à l’engouement du public pour la voile, elle décide de construire un voilier en polyester, le First, en 1976, qui va propulser Bénéteau au top de la plaisance. Quand le groupe affronte un sérieux grain (le polyester employé pour les voiliers se cloque sous la peinture), Annette Roux tient bon et réussit en dix-huit mois à lancer une nouvelle ligne de bateaux.
En 1995, elle décide de racheter le concurrent de toujours, Jeanneau. « C’était pire que les guerres de Vendée », se souvient Bruno Cathelinais, évoquant les relations d’alors entre les deux chantiers. Pourtant, l’intégration est un succès. « En conservant à chacune des deux marques son originalité et son indépendance, nous avons renforcé notre domination sur le marché. »
Autre choix stratégique, la diversification. Tout d’abord dans les mobil-homes (Ohara) pour pallier la crise des années 1990 : la niche est finalement si rentable que Bénéteau a racheté, en mars dernier, le leader français de la résidence mobile de loisirs, IRM. Ensuite, dans les bateaux à moteur : Bénéteau s’y lance en 2003. Là encore, le succès est au rendez-vous : ils représentent désormais 25 % du chiffre d’affaires.
S’ils partagent l’idée que la société Bénéteau doit rester fortement ancrée en Vendée, Annette Roux et Bruno Cathelinais entendent aussi garder le leadership au niveau mondial. Avec 67 % de leur chiffre d’affaires à l’export, les chantiers Bénéteau sont lancés dans la compétition internationale : Annette Roux a initié ce choix dès 1986 en implantant un site en Caroline du Sud : « Il y avait un marché à prendre !

