

Polices tarabiscotées, aplats de couleurs en masse, images à gogo... C'est fou ce que les candidats fiers de maîtriser le traitement de texte et autres logiciels ont d'imagination ! Du côté des recruteurs, c'est l'overdose... Mieux vaut miser sur un CV sobre et classe. Extrait du Guide du CV, publié aux éditions L'Express.
Autant commencer par le début : la présentation du curriculum, la première chose que verra le recruteur et qui lui donnera, en une fraction de seconde, un à priori sur une candidature. Rien ne sert de soupeser chaque mot du CV si sa forme décourage le lecteur. C’est sans doute le constat que partagent le plus unanimement les recruteurs. Depuis cinq ans, ils ont droit à un festival perpétuel de mise en page. Les couleurs s’étalent, les aplats rivalisent avec les logos disséminés çà et là et les photos se généralisent. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.
Ils pullulent sur le Net, et même ce bon vieux logiciel Word en propose quelques-uns. Ce sont des modèles de CV avec des mises en page souvent très simples à utiliser et quelquefois plutôt réussies. Problème : la plupart des recruteurs, dont certains reçoivent plusieurs dizaines de CV par jour, finissent par tous les connaître. « J’en vois passer tellement, confie celui-ci, que je pourrais dresser un palmarès des plus utilisés. » Inutile, donc, de tenter de les épater avec un modèle très sophistiqué. Ce ne sera pas suffisant pour les persuader qu’ils ont affaire à un créatif de haut vol. Sauf, bien entendu, si l’on est à la recherche d’un job de graphiste, perspective dans laquelle le CV doit être envisagé comme une démonstration de compétences. Dans tous les autres cas, mieux vaut faire sobre si l’on tient absolument à copier un modèle.
Quant à le créer soi-même, il est préférable d’être sûr de soi. Et ce recruteur de s’énerver : « J’en ai marre de tomber sur des curriculums de candidats qui viennent tout juste de découvrir les possibilités infinies des traitements de texte actuels. Ils collent leurs trouvailles partout pour que ça fasse riche. Mais ça fait surtout brouillon et c’est souvent illisible ! » Alors si l’on persiste à réaliser soi-même une mise en page et si l’on n’a pas une âme de directeur artistique, il est prudent de faire simple. Une option qui évite par ailleurs de voir son œuvre détruite par une incompatibilité d’humeur entre son ordinateur perso et celui du recruteur. Car même si Word est universel, différentes versions cohabitent, et les plus anciennes n’ont pas toujours les sophistications nécessaires pour lire les présentations les plus tarabiscotées.
S’il convient donc de ne pas abuser des tableaux, des logos, des aplats et autres complications, il ne faut user de la couleur qu’avec parcimonie. Pas question de rédiger son CV en vert souligné de rouge. Outre une harmonie pas forcément de très bon goût, la colorisation peut entraîner des difficultés de lecture, même si le recruteur imprime le CV en noir et blanc. Des gris trop clairs peuvent être fatals, même pour un œil d’aigle. Il est donc recommandé d’écrire en noir sur un fond blanc. Si l’on souhaite vraiment égayer le document, une seule autre couleur suffira, pour souligner quelques mots ou, par le biais d’une frise verticale ou horizontale, embellir le CV.
C’est l’autre manie de certains candidats qui découvrent les nombreuses possibilités du traitement de texte : à chaque rubrique, ils changent de type de caractères, encore appelé police chez les professionnels. L’état civil est écrit en Chancery, l’expérience en Bertram et la formation en Sand. Bref, le n’importe quoi est à l’honneur et, au même titre qu’une maquette trop chargée, cette profusion de polices donnera au recruteur une image plutôt brouillonne du candidat. D’autant que certains de ces caractères ne sont pas disponibles sur toutes les versions de Word. Et les polices « de remplacement » convoquées à la place des stars que vous aviez prévues décalent généralement vos magnifiques paragraphes.
Au final, un CV ainsi rédigé pourrait devenir totalement illisible sur l’ordinateur de celui qu’il doit séduire. Il faut donc jouer la prudence et n’utiliser que des polices simples et courantes, comme le Verdana, l’Helvetica ou l’Arial, en évitant le Courrier ou le Chicago, qui fleurent bon la machine à écrire des années 50. On peut éventuellement varier les plaisirs en adoptant un caractère pour les titres de rubrique et un autre pour le texte lui-même, mais en veillant à rester dans la même famille visuelle. Quel que soit le choix, il est important de le tester, d’en imprimer un exemple pour en vérifier l’esthétique et la facilité de lecture.

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