

Préparation, déroulement et conclusion de l'entretien de recrutement : tous nos conseils. Extraits de Réussir ses entretiens d'embauche, éditions L'Express.
Le début d’un entretien est presque toujours perturbant pour le candidat. Mains tremblantes, hésitations sur le choix des mots, efforts de mémoire pour se souvenir de ce que l’on a retiré de telle ou telle expérience... Un candidat stressé se détend en principe au bout de cinq à quinze minutes. « C’est alors qu’il va se dévoiler, explique une consultante. Détendu, il va pouvoir se livrer et nous allons vraiment le découvrir. » Un entretien doit durer au moins vingt minutes, c’est tout au moins la durée minimale de « politesse » accordée aux candidats qui ne conviennent manifestement pas. Il peut cependant se poursuivre et prendre une heure, voire une heure et demie ou deux heures, et c’est plutôt bon signe. Dans ce cas, le recruteur tente souvent d’aller « au bout » des informations qu’il peut obtenir sur le candidat, pour envisager à la fois ses capacités et son envie d’occuper un premier poste, mais aussi son ambition et ses perspectives d’évolution dans un avenir plus lointain.
« Pendant le premier rendez-vous avec le cabinet de recrutement, j’ai toujours pris un maximum de notes, explique Laurence [...]. C’est le moment de récolter des informations sur l’entreprise, quitte à éclairer soi-même par la suite des points qui nous semblent obscurs. Mais face à la directrice générale de l’entreprise qui m’a recrutée comme directrice financière, je suis arrivée sans aucun document. Il faut apparaître suffisamment sûr de soi à l’étape finale d’une procédure de recrutement. »
Faut-il prendre des notes pendant l’entretien ? Il n’existe pas de règle et vous ne serez pas jugé là-dessus. Si c’est votre mode de fonctionnement habituel, n’hésitez pas à le faire. Par ailleurs, la prise de notes présente un avantage majeur : elle permet de ne pas oublier les questions que vous désirez poser au recruteur lors de sa présentation du poste ou de l’entreprise, sans avoir à lui couper la parole.
La majorité des recruteurs écrivent avec un crayon à papier, vous pouvez faire de même. Cela rend vos notes pratiquement illisibles pour votre vis-à-vis. Veillez cependant à continuer à regarder votre interlocuteur dans les yeux et à ne pas trop baisser la tête. Vous devez apporter votre CV, vous pouvez le déposer sur la table, mais évitez de le regarder au cours de l’entretien : vous êtes censé le maîtriser de A à Z.
À éviter absolument : s’emparer de documents présents sur le bureau du recruteur pour étayer son propos. Cela vous paraît évident ? Pas si sûr pourtant... « Des candidats cherchent à lire les documents que nous avons devant nous ou les notes que nous prenons », constate une responsable de recrutement.
« Certains peuvent aller jusqu’à nous prendre des mains un papier que nous sommes en train de lire (dossier de candidature ou CV) pour pouvoir répondre à la question que nous leur posons, poursuit-elle. Ce genre de détails nous fait redoubler de prudence sur la personnalité du candidat : caractère inquisiteur, sans confiance ni en lui, ni en l’autre... »
Il est nécessaire de ne pas s’essouffler, de respirer, de s’autoriser des silences, des sourires et même du second degré. « Quelle était l’ambiance de travail dans cette entreprise que vous avez quittée ? » demande la recruteuse. Hésitation. « L’ambiance était... automobile », répond alors le candidat, faisant référence aux caractéristiques d’un secteur qu’il décrira ensuite. Ce qui fait sourire son interlocutrice. Sans évidemment aller trop loin dans la boutade, un peu d’humour sur sa propre situation peut mettre en valeur un recul et un sens de l’analyse dont sont friands les recruteurs, surtout pour les postes de cadres. Décrire une difficulté d’évolution professionnelle dans son entreprise en usant du second degré peut être une excellente méthode. [...].
Gérard Dumont, comédien, a été contacté pour un jeu de rôle un peu particulier. On lui a demandé de « jouer le candidat » face à de jeunes consultants en recrutement peu ou pas préparés à mener des entretiens d’embauche. « Ils se retrouvent face à des cadres qui ont parfois une cinquantaine d’années et ne sont pas toujours très à l’aise. Certains prennent des attitudes d’enseignants extrêmement dirigistes et induisent les réponses. Ce qui donne souvent des résultats assez catastrophiques. Un candidat qui sait en jouer va où on lui dit d’aller ; il apporte des réponses induites par les questions. Et peut complètement tromper une entreprise par la suite. » Les faux entretiens se font sur la base de vrais CV, ce qui permet de révéler les points sur lesquels le consultant a des failles.
« Ce qui est important à intégrer pour le recruteur comme pour le candidat, c’est qu’il faut au maximum parler vrai. Pour parvenir à savoir des choses sur l’autre, il faut établir une vraie confiance. Le candidat doit aussi savoir arrêter le recruteur quand il va trop loin. Il arrive que le recruteur provoque le candidat, en interprétant des éléments de façon abusive, c’est aussi de sa part un moyen de voir comment le candidat sait s’affirmer, apporter plus de clarté sur sa personnalité. »
Après la prise de contact, la phase d’investigation peut commencer. Le recruteur vous pose des questions sur votre parcours, votre cursus, vos choix... Certains induisent les réponses : « Si vous avez fait cela, c’est peut-être parce que vous pensiez que... » Si vous pensez qu’il a mal interprété un choix que vous avez fait, ne dites pas : « Non, ce n’est pas pour ce que vous dites, c’est parce que... », mais dites : « c’est plutôt pour... » D’autres vous laissent plus libre dans vos explications et votre interprétation : « Expliquez-moi pourquoi vous avez fait cela à ce moment-là »... Apprêtez-vous à répondre le plus précisément possible aux questions. Et surtout sans précipitation.

