

Congés maternité, problèmes de garde d'enfant, bébés malades... Les recruteurs sont parfois réticents à embaucher des mères de famille ou des femmes en âge de le devenir. Avec Femmes, tous les conseils pour réussir vos entretiens d'embauche, publié aux Editions L'Express, ajustez votre tactique et connaissez vos droits.
Au cours de ses expériences de « testing » [...], l’équipe du professeur Jean-François Amadieu a relevé que les candidats se voient quasi systématiquement poser des questions d’ordre personnel, normalement interdites par la loi. Ces questions ne sont pas réservées aux seules candidates femmes, mais les responsables des ressources humaines reconnaissent souvent insister davantage avec elles sur le sujet de l’organisation familiale.
Enfants, situation maritale, conjoint, âge… des recruteurs donnent ici leurs conseils pour répondre simplement et habilement à ces questions.
VOULEZ-VOUS DES ENFANTS ?
Les recruteurs sont unanimes, cette question est parfaitement ridicule. « Cette question ne sert à rien, assure Stéphanie Gagnolet, responsable des ressources humaines de GFC Construction. Il serait étonnant qu’une femme n’en veuille pas si elle jeune. Elle ne sait pas forcément encore si elle va en avoir tout de suite, mais poser la question ne m’apporte rien, d’autant que la réponse peut être faussée par l’envie de décrocher le poste. » N’empêche que pour un recruteur, embaucher une femme de 30 ans qui n’a pas d’enfants, c’est tout simplement… la panique ! « Pourtant une femme a, en moyenne, deux enfants (voire moins). Sur quarante ans de vie professionnelle – même si l’on prend en compte le congé parental – le temps d’absence est finalement minime », ne manque pas de rappeler Marie-Paule Istria.
Pour Ingrid Bianchi-Lieutaud, directrice du cabinet Diversity Source Management : « Si à la question “ Voulez-vous des enfants ? ”, votre réponse est non, cela peut être jugé bizarre et suspect, mais si la réponse est oui, alors le recruteur peut craindre un manque de disponibilité. » Que dire alors ? « Ce qui est important, poursuit-elle, c’est de ne pas se mettre dans une situation de victime et de montrer que sa vie privée est gérée. » Autrement dit, si on vous demande : « Voulez-vous des enfants ? », à moins que vous ne soyez enceinte, la meilleure réponse est la suivante : « Si je postule un emploi, c’est parce que je n’ai pas l’intention pour le moment d’avoir des enfants, mais je sais qu’un jour, pas dans l’immédiat, j’aurais sûrement des enfants. » Et ce, que vous vouliez ou non des enfants, à court ou à long terme.
Si vous en voulez… Vous pouvez toujours jouer franc jeu si le projet est réellement imminent à condition d’avoir affaire à une entreprise ayant une politique sociale favorable aux femmes, c’est-à-dire, bien souvent, dans les grands groupes. Tout d’abord, vos employeurs ne sont pas dupes. Ensuite, à partir du moment où vos compétences ont été reconnues, vous serez a priori embauchée même si vous décidez d’informer vos employeurs d’un désir d’enfant très proche. D’ailleurs, l’expérience prouve aussi qu’une entreprise, si elle vous a sélectionnée et qu’entre-temps vous êtes tombée enceinte, acceptera souvent de patienter jusqu’à la fin de votre congé maternité pour vous embaucher. À l’échelle d’une carrière, on n’est jamais à quatre mois près.
Si vous n’en voulez pas… L’entreprise n’est pas le lieu pour exprimer un désir d’enfant qui tarde à être réalisé. Et si, réellement, vous ne souhaitez pas d’enfant, l’entreprise n’est pas non plus un lieu où l’on doit justifier ou mettre en exergue ses choix de vie privée.
Si vous êtes enceinte, toutefois, un minimum d’honnêteté s’impose. « La maternité peut changer les priorités et la façon de voir les choses d’une femme, estime Christelle Tong-Cuong, consultante à Lyon. La grossesse n’est sans doute pas le meilleur moment pour chercher du travail, mieux vaut attendre un peu. » Pour Aurélie, recrutée alors qu’elle était enceinte (voir témoignage en encadré), il n’était d’ailleurs envisageable de chercher un emploi dans cette situation qu’en passant par son réseau et qu’en prévenant l’entreprise avant le premier entretien.
Et le deuxième, c’est pour quand ? Si votre premier enfant a entre 2 et 5 ans, la question pourra prendre parfois une forme plus sournoise : « Vous avez déjà un enfant, vous en voulez un deuxième ? », d’où toute la difficulté de trouver un nouvel emploi dans cette situation. L’ambiguïté est telle que nos recruteurs ont souhaité garder l’anonymat sur ce sujet. « À partir du moment où une femme n’a qu’un seul enfant, les recruteurs s’attendent automatiquement au deuxième. Quand elle en a deux, c’est vrai qu’ils se sentent soulagés », relève une jeune consultante.
Une autre de nos consultantes relate le cas d’un client lui faisant un appel du pied pour la débaucher en vue de venir mettre en place le service des RH dans son entreprise. « Je lui ai envoyé mon CV sur lequel il est précisé “ mariée, 1 enfant ”, puis on s’est revu pour discuter du poste de manière informelle et, dans la conversation, j’ai parlé de mon fils qui avait à l’époque 18 mois. Immédiatement, il m’a dit que si je venais travailler chez lui, je ferais un deuxième enfant. Ce n’était pas une question, mais une affirmation. Et c’est logique. À 34 ans, si je passe des entretiens d’embauche aujourd’hui, cela signifie que je dois reporter mon projet de maternité. D’ailleurs, si l’on me pose la question, je répondrais que ce n’est pas à l’ordre du jour d’avoir un deuxième enfant. Mais si je ne trouve pas un nouveau poste, alors je ferais d’abord mon deuxième enfant avant de prospecter de nouveau. »
