
Un duel franco-allemand ultra-serré
Il serait pourtant faux de croire que la Citroën a été élue dans un fauteuil. Jamais les délibérations du jury n'ont été aussi serrées que cette année. L'Audi Allroad, déclinaison polyvalente du break A6 Avant, ne s'est inclinée face à la Citroën qu'au troisième tour de scrutin. En termes de plaisir pur, c'est même le coup de coeur du jury. « Je suis ébloui par le moteur 3.0 Tdi Audi, avec sa sonorité magnifique », soulignait Marc Eisenberg. « Une super-mécanique, un super-freinage, une suspension un peu ferme, mais cela sert la précision de conduite », assuraient Jean-Claude Carrière, Gérard Coton et Patrick Colin. Et Eric Vigouroux de résumer : « Elle est réactive dans tous les domaines de la conduite, elle a beaucoup de classe, tout en restant discrète, c'est la voiture idéale pour PDG sportif. »
Une surprise américaine
Preuve supplémentaire que notre jury a connu l'embarras du choix, une vraie surprise sur la troisième marche de notre podium : la Cadillac BLS, benjamine et poids plume de la marque américaine. Incluse en dernière heure dans notre sélection, cette compacte pouvait sembler un peu esseulée face aux grandes routières et 4 X 4 de luxe. Sa ligne agressive, originale mais sans esbroufe, et surtout le cocktail étonnant que représentent son « petit » moteur Tid de 150 chevaux et une très sportive boîte automatique à commande séquentielle 6 rapports ont bluffé le jury. « Je suis très agréablement surpris, résumait Marc Eisenberg, surtout si on regarde le prix » : moins de 35 000 euros, soit 60 % du ticket d'entrée des modèles les plus chers de notre panel. « C'est un très bon compromis si on n'a pas absolument besoin d'une grande voiture », concluait Jean-Claude Carrière.
Questions d'image et de poids
Le niveau d'exigence de notre jury était particulièrement élevé cette année. Ce qui explique que nos autres nominées se soient trouvées distancées, malgré leurs qualités indéniables, qui, pour certaines, en ont déjà fait des stars du marché.
La Chrysler 300C Touring version break de la voiture coup de coeur de 2005 ? Plus assez homogène en termes de comportement par rapport aux nouvelles références. Il est vrai que le terrain gras-mouillé de notre matinée d'essais n'était pas l'idéal pour une propulsion arrière... Message net pour Chrysler, cependant : le phénomène de mode autour de la 300 s'est émoussé en un an.
La Peugeot 407 SW 2.7 Hdi, best-seller de la marque au lion en milieu de gamme, dopée par le V6 turbodiesel de la 607 ? Convaincante sur le plan mécanique, mais jugée « tout juste moyenne » en termes de finition, bien qu'elle ait été présentée dans sa configuration « full options » Griffe. C'est dire...
La Mercedes R 320 CDI, mélange original de monospace (six sièges ET un coffre), de 4 X 4 (garde au sol haute et 4 roues motrices), et de grande routière (moteur turbodiesel de 224 chevaux, boîte auto à sept vitesses et tenue de route de berline) ? Etonnante, « bien plus agréable à conduire que le 4 X 4 ML » de la même marque, reconnaissait Jean-Claude Carrière. Mais « trop lourde », fustigeait Gérard Coton. Là encore, petit signal d'alarme adressé par nos jurés à la marque à l'étoile. « Avec pas mal d'inertie en termes de conduite et des faiblesses d'équipement comme la commande de boîte au volant ou l'écran GPS au milieu de la console centrale, on est un peu déçu par rapport à l'image que l'on se fait d'une Mercedes », soulignait Marc Eisenberg. « Attention à ne pas vivre sur ses acquis », avertissait Eric Vigouroux.
L'Audi Q7, seul vrai gros 4 ´ 4 de notre sélection ? Lui aussi était pénalisé entre autres par son poids. « Le comportement est étonnant pour une voiture de ce gabarit », nuançait Marc Eisenberg. Malgré cela, « c'est lourd, cela se sent et cela diminue le plaisir à l'usage si on compare à l'A6 Allroad de la même marque, avec un moteur identique », regrettait Gérard Coton.
La Honda Legend, vitrine technologique sur roues, avec son moteur 3.5 essence développant près de 300 chevaux, sa transmission intégrale régulant en permanence la répartition de la puissance entre avant et arrière, mais aussi entre roues gauches et droites ? Elle impressionnait par la sûreté et la vivacité de son comportement routier. « Je me suis tout de suite senti à l'aise, d'autant qu'elle est extrêmement confortable », indiquait Patrick Colin. Mais « la ligne est peu enthousiasmante », déplorait Eric Vigouroux, « la course de la pédale de frein est trop longue », se plaignait Marc Eisenberg, « la finition, malgré des efforts visibles, est quand même en retrait par rapport à une Audi ou à la Citroën », précisait Gérard Coton. Ces détails ne pardonnent pas dans un lot aussi relevé que le nôtre.
Un ultime coup de chapeau
Seule, en définitive, la Volvo S80 a tiré son épingle du jeu, au pied du podium. Le jury a tenu à lui décerner un coup de chapeau, pour ses qualités et le rajeunissement de l'image de la marque suédoise. « Elle procure peu d'émotion mais elle est très homogène, cela se sent à chaque instant », soulignait Marc Eisenberg. Patrick Colin et Gérard Coton vantaient sa « superbe stabilité ». Jean-Claude Carrière remarquait aussi qu'elle est « peu polluante, et cela compte de plus en plus, pour l'environnement et la taxe sur les véhicules de société ! ». « C'est la voiture du PDG sage », résumait Eric Vigouroux. Tous ont d'ailleurs tendance à l'être davantage, budget, sécurité, et contrôles de vitesse obligent. L'évolution de la manière de conduire de nos PDG jurés fut l'un des faits marquants de ce millésime. De la performance et de la qualité durables, palpables même à allure raisonnée, davantage que des chronos d'anthologie, voilà le premier objectif à atteindre pour les prétendantes à notre prix l'année prochaine. Rendez-vous fin 2007 !
