
Les clients « grands comptes » sont souvent la richesse vive d'une entreprise. n Alors, apprenez à les conserver... sans les irriter.
TECHNIQUE N° 1
Montrer à son client qu'il mérite un
service sur mesure
Il est important d'agir avec tact et efficacité.
Car, presque autant que le fait d'être insuffisamment offensif ou
réactif, le risque de trop en faire est omniprésent. C'est
ainsi que certaines entreprises passent à côté de la
règle fondamentale, remarque Henri Fraisse, directeur adjoint au
centre de formation de la Cegos : « Celle qui consiste à clairement
montrer à son client qu'il est unique et qu'il sera traité
en conséquence. » Dans cette optique, le leader de la restauration
collective Sodexho entame cette année un processus de segmentation
à l'extrême, fondé sur une typologie intégrant
aussi bien les activités de leurs clients (industrie, assurances...)
que les populations concernées ou leur environnement, afin de répondre
au mieux aux attentes de chaque secteur et sous-secteur. « Nous sectorisons
depuis plus de vingt ans, explique le directeur général grands
comptes de Sodexho, Emmanuel Barrié. Mais nous avons décidé
d'aller encore plus loin, car nous pensons que la personnalisation est
désormais la clé de la fidélisation. C'est pourquoi
nous acceptons depuis peu de vêtir notre personnel de restauration
de tenues exclusives à tel ou tel client. »
Même attitude chez DHL, qui a créé
pour ses meilleurs clients entreprises un service à la carte baptisé
« advantage » : en plus de la simple livraison de marchandises,
la société de messagerie se propose de répondre à
toutes les attentes possibles (prise en charge de la gestion des commandes,
entreposage longue durée ou encore livraison nocturne). Lucienne
Comble, directrice logistique de DHL, reconnaît toutefois que le
sur-mesure ainsi proposé « ne peut pas aller au-delà
des services imaginés par nos équipes ». En d'autres
termes, oui à l'adaptation aux impératifs spécifiques
de chacun, mais tout en respectant ses propres contraintes industrielles.
TECHNIQUE N° 2
Perdre le simple statut de fournisseur pour gagner
celui de partenaire
Il est en revanche une règle de fidélisation
qui ne connaît pas vraiment de limites, c'est celle du partenariat.
« C'est un peu la tarte à la crème, plaisante Emmanuel
Barrié, mais ça fait pourtant toute la différence...
à condition que ce soit bien pensé. » Alors, à
chacun de faire preuve d'originalité en la matière, d'autant
que les bonnes idées ne manquent pas. Comme l'utilisation des nouvelles
technologies pour renforcer l'intimité avec son client. C'est la
méthode adoptée par Europcar, qui s'appuie sur l'EDI (échange
de données informatiques) et sur l'intranet pour développer
un vrai partenariat avec les grands comptes, pour la facturation mais aussi
pour la gestion du parc de véhicules. Yann Barbizet, directeur marketing
du loueur automobile, s'explique : « Nos gros clients sont très
sensibles à la réduction de leurs coûts indirects.
Cette solution nous permet donc de leur donner satisfaction en leur simplifiant
la vie d'un point de vue comptable, et du même coup de resserrer
les liens grâce à un contact informatique permanent. »
Très efficace également, le club de développement.
Les meilleurs clients sont associés à l'élaboration
de produits susceptibles de les intéresser, avant même que
leur fournisseur ne les propose sur le marché. C'est ce qu'accomplit
la société Zurfluh Feller, avec son club Innovaction. Ce
fabricant de mécanismes pour volets roulants propose à ses
membres, et néanmoins clients, de pré-tester les futurs modèles
de la société. Un procédé idéal pour
créer une solidarité de fait. Mais il y a encore plus astucieux
pour faire de son client un partenaire : lui demander un service. Sema-Group,
le géant franco-anglais de l'intégration de systèmes
informatiques, s'adonne régulièrement à cette pratique.
Il sollicite ses bons clients afin qu'ils apportent leur témoignage
lors d'une présentation de produit à un prospect. Et les
résultats sont remarquables, confesse Martine Barateau, directrice
de branche régions : « Tout d'abord, la personne se sent flattée
d'être ainsi consultée. Ensuite, elle est très heureuse
de pouvoir entrer en contact avec une autre direction informatique, sur
un sujet qui la passionne. »
TECHNIQUE N° 3
Devancer les attentes de son client, en se faisant
force de proposition
Au sur-mesure et au partenariat, Henri Fraisse ajoute
un troisième grand pôle de fidélisation : les idées
neuves. « C'est l'art d'apporter à votre client plus que ce
qu'il vous achète, précise le consultant de la Cegos. Dans
les secteurs dits technologiques notamment, les clients apprécient
les suggestions, car ils craignent en permanence d'être dépassés
par la rapidité des évolutions. » Le principe vaut
pour le métier de base du fournisseur mais, au-delà, tout
apport pertinent peut être le bienvenu. L'expérience de Faurecia,
fabricant de sièges automobiles, en est l'illustration. En apportant
à Renault une étude détaillée sur les problèmes
d'assise des chauffeurs de taxi, l'entreprise a su dépasser sa mission
première de fournisseur. C'est aussi ce que tente la Bred lorsqu'elle
invite ses grands comptes à des réunions dont les thèmes
vont au-delà des métiers de la banque. Georges Tabouillot,
son directeur du marché des PME, explique que « les clients
adorent avoir des échanges de vue plus économiques que bancaires
avec nos experts ».
Gabriel Szapiro, PDG de l'agence conseil en communication
d'entreprise Saphyr, préconise même d'aller un peu plus loin,
en s'occupant du benchmarking de ses bons clients : « Collectez,
résumez, commentez tout ce qui peut intéresser votre client
sur son secteur et ses concurrents. Vous verrez qu'il vous en sera reconnaissant.
»
Certains fournisseurs estiment que la bataille qu'ils
ont menée durant des mois pour conquérir leur client les
met à l'abri de la concurrence pour un temps. « Grave erreur,
prévient Henri Fraisse. Il faut sans cesse faire comprendre au client
qu'il a bien fait de vous choisir. » C'est le rôle des tableaux
de bord, bilans d'activité, et autres visites de suivi de chantier.
Chaque secteur d'activité ayant ses us et coutumes, à chacun
d'imaginer comment rassurer au mieux, sans harceler.
Le harcèlement, un risque qui existe aussi chez
les adeptes de l'enquête de satisfaction. Cet outil de fidélisation
est devenu si courant qu'il finit par lasser certains clients. Une entreprise
comme Sodexho s'en sort bien, en sollicitant les convives de ses restaurants,
plus que les clients eux-mêmes. D'autres peinent davantage à
se faire remarquer sans importuner, mais estiment pourtant le procédé
incontournable. C'est le cas d'Artenis Propreté. Cette société
de nettoyage industriel a trop peu de contacts avec ses clients pour pouvoir
se passer de l'enquête de satisfaction. « Nous savons que c'est
parfois ennuyeux, admet Jacques Barillot, le directeur commercial. Alors
nous tentons d'être le plus léger possible en alternant les
enquêtes écrites, les coups de fil du service marketing et
les visites informelles des attachés commerciaux. »
TECHNIQUE N° 4
Impliquer plusieurs niveaux hiérarchiques dans
ses relations avec un bon client
Dernière recette recensée parmi les plus
efficaces pour fidéliser ses grands comptes : la relation multiniveau.
Philippe Malaval (voir l'encadré page 102), auteur de Marketing
business to business, en fait même la priorité des priorités
: « Plus le produit ou service a de la valeur ajoutée, plus
il faut passer de la notion de vendeur à celle d'équipe de
ventes. Composée aussi bien de commerciaux, que de marketers, de
responsables qualité, de conseillers techniques, etc. » Sema-Group
suit ce précepte de fédération des compétences
depuis quelque temps, avec succès. « Au départ, nous
étions très orientés sur les directions informatiques,
raconte Martine Barateau. Nous approchons désormais les services
développement, les directions générales et nous constatons
de vraies opportunités. » Xérox, utilise aussi le multiniveau
pour tenter de se faire une place au soleil chez ses meilleurs clients.
Frank Durey, responsable des grands comptes publics, se souvient du rôle
du directeur général Europe de Xérox dans le développement
des relations avec un de ses clients, le ministère des Finances
: « Il s'est impliqué personnellement car, avec ce genre de
comptes, il y a un moment où il faut monter dans la hiérarchie
pour pouvoir englober l'ensemble du business potentiel. Chez nous, c'est
une règle : les dix ou quinze plus grands comptes de chaque division
sont cosuivis par le top management. »
Recettes miracles que tous ces outils ? « Oh que
non, pas une seule seconde », ironise Gabriel Szapiro. Et pour cause.
Ce spécialiste de la fidélisation se souvient encore de son
plus sombre échec : la perte d'un très vieux client après
quinze ans de bons et loyaux services, le géant Siemens. Des années
durant lesquelles il avait appliqué à son entreprise tous
les préceptes enseignés à ceux venus le consulter.
Pour un jour s'entendre dire par le directeur général de
Siemens : « Nous n'avons rien à vous reprocher, mais nous
vous quittons M. Szapiro. Nous sommes ensemble depuis si longtemps que
nous avons envie d'aller voir ailleurs, de changer d'air. » Imparable.
Sa survie dépend d'un seul client
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La fidélisation, un impératif pour ce spécialiste des MDD
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GABRIEL SZAPIRO, PDG de Saphyr SA, cabinet de conseil en communication d'entreprises
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Philippe Malaval, professeur de marketing à l'ESC de Toulouse
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Le service en plus pour se démarquer des géants de l'intérim
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