
Vendre sa boîte parisienne et en créer une en Corse, renoncer à une brillante carrière afin de devenir artisan, ne plus bosser que huit mois par an... Pour se rendre la vie plus agréable, c'est à chacun son truc.
Et si le vrai luxe, c'était le temps ? Combien de cadres aspirent à ne plus se laisser dévorer par les cadences infernales et l'impression de « ne plus rien maîtriser » ? Mais prendre de la distance avec un rythme effréné ne signifie pas nécessairement travailler moins. La plupart des gens ont surtout en tête de bosser d'une façon plus sereine et plus équilibrée.
Une chance, car dans certains secteurs, la technologie permet aujourd'hui de travailler depuis chez soi. « A condition de ne pas craindre la solitude, c'est la solution idéale pour tous ceux qui en ont assez de vivre à un rythme imposé par d'autres, souligne un agent commercial adepte du télétravail depuis plusieurs années. Et puis cela permet de tester ses aptitudes à l'indépendance. »
Autre rêve partagé par de nombreux couples prisonniers de leurs emplois du temps respectifs : créer son entreprise à deux. L'indépendance puissance 2, qui dit mieux ? Hormis quelques précautions à prendre pour ne pas tomber dans le piège de la vie en autarcie, quel pied ! « Notre association nous a permis, à mon mari et moi, de partager beaucoup de choses, ajoute une commerçante de La Rochelle. Même s'il faut veiller à se préserver. Car il devient vite difficile de ne pas constamment parler du boulot. »
DOMINIQUE ET ARMELLE SIALELLI, 42 ANS
CHACUN A VENDU SA BOÎTE POUR EN CRÉER UNE ENSEMBLE
« TRAVAILLER EN COUPLE ? En dépit des débordements sur la vie privée, c'est très agréable. » En 1996, Armelle et Dominique Sialelli ont fondé la brasserie Pietra. « Comme chacun est sur ses dossiers durant la journée, il y a nécessairement un débriefing quotidien au moment du petit déjeuner ou du dîner. Mais cela ne nous dérange pas. » Pas question de s'énerver, donc, si l'un des deux se retrouve obnubilé par un problème lié au boulot.
D'autant qu'Armelle et Dominique ont connu pire, en matière de vie professionnelle empiétant sur la sphère privée. C'était il y a dix ans, à Paris. Chacun avait sa boîte de communication et plus une minute pour penser à autre chose. Lassés par le rythme de la capitale, ils décident de vendre le tout et de s'installer près de Bastia pour pouvoir souffler. S'ils ne renoncent pas pour autant au management, et à l'ivresse qu'il procure, ils ont en revanche la bonne idée de se le partager. Elle assume le marketing et la pub ; lui s'occupe de finance et de gestion. La partie commerciale fait partie du domaine partagé. « Et les décisions stratégiques sont bien sûr prises à deux, souligne Armelle Sialelli. Pas question de se priver de cette double expertise. » Conséquence de cette vision au carré, l'entreprise a entamé une diversification. Un cola corse vient d'ailleurs de voir le jour du côté de Furiani.
Pour action : même si ce n'est pas toujours bien vécu par l'autre, travailler en couple impose de se réserver des moments sans son conjoint.
JACQUES ANDRÉ, 61 ANS
SON BUREAU EST DEVENU UNE CHAMBRE D'HÔTES
PASSIONNÉ DE PHOTO dans les sixties, amoureux des chevaux dans les seventies, Jacques André a créé son agence de conseil en communication dans les eighties. Depuis trente ans qu'il a ancré ses bureaux dans sa ferme briarde, ce sexagénaire a toujours cherché à « diriger sa vie plutôt que la subir ». C'est ainsi que, à quelques années de la retraite, il a décidé de changer de métier. « Le conseil ne m'intéressait plus. Je n'avais plus d'enthousiasme. » Avec l'aide de sa compagne, Inge, il transforme son immense maison-bureau en chambres et table d'hôtes.
« On avait place et argent pour démarrer les travaux, alors on a pris notre décision très vite. » En trois ans, il décroche trois épis « prestige » et monte dans la foulée une activité d'attelage. L'investissement (près de 23 000 euros) a été très vite remboursé et le business tourne bien. « On va ouvrir deux nouvelles chambres. Ce sera plus de boulot mais cela nous permettra d'embaucher une personne pour assurer le ménage. » Jacques André a beau vouloir lever le pied, il sait aussi qu'il faut parfois grossir pour gagner en indépendance.
Pour action : ce type d'activité permet surtout de se constituer un bon complément de revenus. Pour preuve, le tourisme rural représente le tiers de la fréquentation touristique française.
JEAN-PIERRE CHASSARD, 47 ANS
ABANDONNER LA GESTION DE PATRIMOINE POUR DEVENIR TAXI ? IL L'A FAIT !
VINGT ANS DE BANQUE, dont plusieurs de frustration. Jean-Pierre Chassard jette un regard de plomb sur son parcours : « Les dernières années, je n'avais plus le feu sacré, analyse l'ex-gestionnaire de patrimoine. Je me levais tous les matins avec l'amertume au coin des lèvres. » Alors, à la faveur d'une restructuration, en 1999, adieu la banque ! Et ensuite ? Une année entière pour ne pas se tromper sur son avenir. « Je cherchais une activité ni trop prenante ni trop stressante, mais qui ne me déconnecte pas pour autant du tissu social. » Le banquier devient taxi à Montbéliard, sa ville natale. « J'aurais pu tenir une agence immobilière, mais c'était recommencer comme avant. » Tandis que, maintenant, le nouvel artisan gère son temps comme bon lui semble. « Je vois un beau paysage, je m'arrête. Je passe devant un étang, je plonge. Et j'ai toujours une raquette de tennis dans le coffre, au cas où... » Idyllique ? A condition de renoncer à ses anciens revenus. Certes, Jean-Pierre Chassard continue le boursicotage en ligne. Mais de là à parler de niveau de vie comparable...
Pour action : pour savoir si vous êtes prêt à accepter une baisse de vos revenus, listez ce à quoi vous allez renoncer et demandez-vous si vous le supporterez sans trop de frustration.