
Au bout de presque un an d'existence, certains néo-entrepreneurs pointent les limites d’un statut pratique pour démarrer, mais pas idéal pour développer un business
« Cette année, c’était vraiment le bon plan de se déclarer auto-entrepreneur. » Jonathan, ingénieur informaticien rhône-alpin de 22 ans, est comblé : son activité de prestations web en tous genres (développement, conseils, formation…) commencée en janvier 2009 prospère tellement rapidement que le jeune homme envisage déjà d’évoluer vers un statut de SARL début 2010.
Il a déjà engagé des démarches auprès de conseillers fiscaux. Ses clients : des particuliers mais aussi des grosses entreprises comme un grand groupe de télévision national. « L’auto-entrepreneuriat est un bon tremplin, analyse le jeune patron. Mais très vite on en voit les limites. Je suis par exemple obligé de différer certains encaissements sinon je risque de dépasser le seuil de 32 000 euros de chiffre d’affaires. »
Une pirouette comptable que n’aura pas à entreprendre Laurent, traducteur parisien de 25 ans « installé » depuis février et réalisant 2 000 euros de chiffre d’affaires mensuel. Toutefois, lui aussi réfléchit déjà à la prochaine étape. Ce qui le dérange actuellement : « ce statut étant caractérisé par un prélèvement libératoire fiscal et social assis sur le chiffre d’affaires, je ne peux déduire aucun frais professionnels. Ainsi, si je dois me déplacer chez un client lointain ou me racheter un ordinateur, je devrais tout payer de ma poche » regrette Laurent. « C’est un statut pour se faire de l’argent de poche, lance un autre auto-entrepreneur. Il est surtout fait pour ceux qui souhaitent entreprendre seul et compléter leurs revenus. Si le but est de développer une activité en investissant, il faut passer à autre chose. »
Déjà à 27 000 euros de chiffre d'affaires fin novembre, Jean-Patrick, formateur âgé de 53 ans et basé dans l’Eure, ne sera pas loin du plafond en fin d’année lui aussi. Envisage-t-il pour autant de quitter ce statut qui lui convient tant ? Pas vraiment. « J’ai cela dans un coin de ma tête mais je ne l’envisage pas sérieusement, affirme Jean-Patrick par ailleurs formateur occasionnel, donc salarié. Mon ambition première n’est pas d’augmenter mon chiffre d’affaires. Je me vois un peu comme un artisan : j’aime le travail bien fait et ce qui m’épanouit c’est de satisfaire mes clients. »
Des clients parfois « très curieux de ce nouveau statut » selon Jonathan ; mais aussi « surpris de ne pas se voir facturer la TVA. Ce qui m’a valu quelques refus » remarque Laurent. Les entreprises ayant l'habitude de conserver de la marge en se faisant rembourser la taxe par l’Etat via le système de récupération de TVA.
Les revenus moyens des auto-entrepreneurs sont toutefois relativement peu élevés. Car si ce nouveau régime est un succès incontestable, il n’en demeure pas moins qu’environ 60 % de ces nouveaux patrons ne déclarent pas d’activité. En moyenne, un auto-entrepreneur réalise un chiffre d’affaires mensuel de 1 330 euros, soit l’équivalent d’un Smic.

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